Jeudi 13 aout 2026 (ca fait une semaine que je suis arrivée en Argentine)
Coucou mon cher amour, aujordh'ui je me suis reveillé en pensant a toi...
hier j'ai eu un reve tres bizarre ...
j'etais dans un bar et j'avais besoin d'argent, du coup je me dis -c'est pas grave de me prostituer un peu - et la il y avait un mec qui va me donner 300 usd pour un sucette... on y va au toilette du bar, moi j'avais deja mes 300 usd et il se tourne et m'ouvre son cul comme un fleur poilue... la je me dia, bah non, c'est pas la meme chosse... je ne veux pas faire un sucette de cul, je ne lui connais pas...
Du coup le reve c'est ca, un peu bizarre et misteriese.. mais ca m'a fait penser comme cet mec du reve que c'etait un anonyme et combien ca coute qq chosse de l'intimité pour moi maintenant. Bien sur j'ai pensé a toi.. parce que toi tu es partie de mon intimite, toi tu es intime a moi, a mon coeur, a mon corps.. et comment je t'ai fai un sucette de cul la premiere fois lque on a baissé ensemble (jiji).
Hier je suis allée me coucher en pensant a toi... et comment on fait maintenant pour ne nous perdre pas... pour nous retoruver un peu cet nous qu'on fait ensemble avec trop de amour et de tendresse ca fait deja q temps.. j'ai pensé a toi et a moi, cvd, a nous.
Comment on fait notre nous d'amour des appelles, des photos, des albums? aussi des paroles.. mais pas de paroles jetables de message instantanés, comment on continue a ecrire notre amour? c'est pour ca que je t'envois cette lettre virtuel, non jetable, non instantané, fait de mot de amours pour lire tranquille quand tu peux et quand tu veux.. pour que tu partages avec moi aussi ton intimité partagable et comme ca on tricote sur le trou de n'avoir nos presences si proche comme on voudrait.
J'ai reflechie un peu sur cet sujet la.. l'intimité-nous-distance.. et sans romanticisme c'est pas possible d'arriver bb. Parce que le nous, l' on de l'amour, c'est pas seulement toi et moi quand on est ensemble, c'est ca qu'on fait de nous- chaque un- quand on ne peut pas etre ensemble.. moi, je fais cet nous quand je reve, je fantasme avec toi, sur l'amour, le corps, l'existance, la tendresse, l'erotisme, la peau.. et tout notres figures de l'amour ...
Comme ca je fais notre amour quand je pleure aussi et quand je ferme mes yeux avant de m'endormir et j'imagine que ma tete s'appuie doucement sur ta poitrine et comme ca je sens dans mon visage tes poils et ta respiration pendant que tu t'endorms.
Mi amor, c'est magnifique ce que tu as écrit et j'adore cette idée.
Wow c'est un rêve très beau que tu partages. Alors que j'ai mon ordinateur sur les genoux et que le vélux de ma chambre est ouvert, je sens le vent frôler ma jambe sensuellement et j'ai l'impression que c'est toi qui me touches. Alors que je t'écris et que mes mots sont aussi des caresses.
Toute cette histoire de contact me fait penser que j'ai aussi besoin de te toucher avec les mots. donc les voici.
Oui, mi amor, tu m'as fait cette sucette de cul quand on s'est rencontré la première fois, c'était délicieux. très marrant que cet élément revienne dans ton rêve. Qui est surprenant, il faut dire ! Aussi je trouve qu'il y a qqch autour de l'idée de l'opposition conserver/donner. parce que la prostitution, c'est un rapport qui est destiné à être circonscrit dans le temps et monnayé, ce qui inscrit ici le problème de l'échange ("pour mon corps, je te propose 300 usd). J'aime bien l'image que t'emploies en parlant de la "fleur" : il semble que ce terme vient sur-déterminer le problème de l'échange et du don. Ton client t'offre la fleur de son cul et toi, tu la refuses.
Ce que tu évoques ensuite, ce sont les situations dans lesquelles, au contraire, tu as accepté de donner une telle fleur.
En tout cas tu me donnes une fleur toi aussi en me donnant à lire ce rêve et à fantasmer à partir de la façon dont il retentit en moi. Tu m'as donné une fleur aussi ce soir-là, la première fois qu'on a couché ensemble - en me lêchant le cul ainsi, très très sexy.
Je t'ai dit que hier soir et ce matin, j'étais dans ce drama sur les images. en fait ça rejoint beaucoup ce que tu as écrit hier soir. C'est la façon dont tes mots m'ont affecté - des forces m'ont traversés. Oui, la question est de savoir comment on retient l'autre quand on ne peut plus le toucher. Quand on ne peut plus le voir ou seulement par écran interposé. Quand on ne peut que lui parler, sans la voir. Quand on ne peut ni la voir, ni la toucher.
Médiation du contact, ça devrait s'appeler. et c'est terrible!...
Je ne peux plus te toucher. Pour que mon corps puisse s'affecter de ta présence, je dois trouver d'autres recours que celui de mon corps au contact du tien. Nous devons trouver d'autres modes de présence à l'autre que celle qui passe par le corps.
Mon drama tournait autour de ça. Parce que je te disais que j'adorais la façon dont tu me dévores quand on baise. Tu as comme cette attitude de prédation quand tu me regardes et me touches — comme un animal sauvage qui s'apprête à chasser sa proie pour la dévorer. alors je m'apprêtais à t'envoyer une photo de moi nu et en érection, j'ai regardé cette image sur mon téléphone. Je me suis dit. Mais normalement c'est ma bite qu'elle dévore. Là je ne peux lui servir que l'image de ma bite. ça ne comble pas la faim. Ma bite, oui, surement ça coupe la faim. Une image de ma bite non. De même, bb, ta chatte me comble et me satisfait tellement. Mais pour l'heure je dois me contenter d'images de tes seins, d'images de ta chatte.
En même temps, d'autres formes de contact existent. Les mots notamment. Et ça me rend très heureux de pouvoir t'écrire ainsi. J'avais aussi très envie de trouver une façon moins immédiate et moins semblable aux sms et à Whatsapp - autre chose que ces aplats de vert sur les bulles de message.
Je t'aime. Tellement de choses me rapportent à toi. Tu es tellement matérialisée autour de moi - dans ma chambre, dans ma maison, au Bocage, à St Denis — dans toutes les choses qui m'entourent.
Quand on aura 200 pages de lettres et de réflexions sur l'amour ainsi. On imprimera tout ça et on fera un livre.
Vendredi 21 d'aout. 08.53 am.
A la clinique San Camilo, quartier Villa Crespo, Ciudad Autónoma de Buenos Aires.
Mon papi dort profondement, je peux parler de mots erotiques, donc ca va...
Ca m'a pris une semaine de te repondre malhereusement parce que ca a eté une semaine de merde. Mais on est ici, la semaine va finir bientot et ca me soulage. Que le temps passe, ca me soulage beaucoup.. et j'ai cette sensation de habiter meme la laboratoire du temps qui passe. Hier j'ai reflechie sur ca: chaque jour et semaine je veux vivre la vie et faire les choses que j'ai choisi de faire et etre ou j'ai choisi d'etre.. et au meme temps, tres vite tres vite tres vite, je veux que simplement le temps passe pour te revoir, pour me retrouver dans tes bras.
Sur mon reve, leque du cul et tout ca.. conserver/donner... je suis d'accord qu'il y a qq chose la. Parce que cette dimension de conserver c'est tres presente dans cet arrive ici, cet retour. Tout ca que je veux conserver de moi/pour moi/ de tout l'anne a paris... une maniere d'habiter le temps, de me resister a la place que les autres me donnent, a faire ma place, doucement mais determinée. Et aussi donner, dans le sens d'etre present, d'etre la pour lequels j'aime, disponible et sensible.
Ca a eté une semaine diffcile. J'ai commencé en pleurant les soires, en pensant a toi et ton absence proche de moi. Je ne sais pas si je devrais te dire ca, je ne veux pas nous melancoliser comme ca. Mais c'est la verite.
Je ferme mes yeux et je pense a toi. J'imagine ton odeur, la texture de ta peau, de tes cheveux dans mon visage, comme ca je pense que je me mets dans cet coin de ton cou ou je peux m'endormir en ayant la sensation de que tout est douce pour toujours avec toi- et que le monde est fait pour notre existance dans cet moment précis et eternell.
Il y'a la texture de tes cheveux et aussi la texture de ta barbe- plutot piquante-. Et maintenant que t'as coupé les cheveux, il ya la partie rasurée et je l'imagine aussi, plus douce et different a les autres. j'adore que tu sois roux, tu sais? parce que l'orange c'est une de mes coulers preferés avec le violet. aussi c'est lumineuse, brille avec le soleil, et me fais penser a toi. Oui, c'est tautologique: tes cheveux roux me fait penser a toi.
Il y a les images que nous envoyons par le telephone... mais il y'a des autres aussi: nos photos, que ce sont beaucoup et absolutement incroyables. Les images de fantasmes, des scenarios, tous les universes paralleles qu'on habite.. le futur qui est tout a nous.
En pensant la texture de ton corps et ta peau, je pense a dancer avec toi, ca on a fait et je veux plus et plus de ca. tu voudrais apprendre a danser le tango avec moi? cette danse absolutement erotique et elegant qui est partie de ma culture mais j'amarais decouvrir avec toi, l'etrangere.
Quand j'ai lu "ta chatte me comble" j'ai pensá une poetise uruguayene qui s'appelle Marosa Di Giorgio. Quand j'avais 17 ans - et j'etais poliamoreuse- j'avais fait une piece du theatre avec des poemes d'elle. Elle a un erotisme profond, animal, incroyable.
Ca qu'on devore et ca que nous comble du corps de l'autre.
Mi alma es un vampiro grueso, granate, aterciopelado
Mi alma es un vampiro grueso, granate, aterciopelado. Se
alimenta de muchas especies y de sólo una. Las busca en la
noche, la encuentra, y se la bebe, gota a gota, rubí por rubí.
Mi alma tiene miedo y tiene audacia. Es una muñeca grande,
con rizos, vestido celeste.
Un picaflor le trabaja el sexo.
Ella brama y llora.
Y el pájaro no se detiene.
Mon ame est un vampire épais, grenat, velouté. Elle se nourrit de beacoup d'especes et d'une seule. Elle les cherche la nuit, la trouve, et la boit, goutte a goutte, rubis apres rubis.
Mon ame a peur et audace. Elle est une grande poupée,
avec des boucles, une robe bleu ciel.
Un colibri le travaille le sexe.
Et l'oiseau ne s'arrete pas.
Cet aprèm je suis allée à danse, on a travaillé avec l’idée de toucher l’espace qui entour l’autre… comment sentir cet espace là, sa texture, son densité … et comment entourer a la distance. J’ai pensé à toi, une et autre fois, à comment me sentir proche de toi. Comment se sent respirer le même air que toi, dormir tes mêmes nuits et se réveiller tes mêmes jours. Regarder le meme ciel que toi, le ciel a nous
Vendredi 28 aout 2026 14H - Noirmoutier-en-l'île
Me voilà de retour à Noirmoutier - là où nous avons passé notre premier weekend amoureux, notre premier voyage ensemble, le début d'une grande aventure vers l'éternité.
Hier soir, j'étais un peu triste : comme je te le disais par message, le fait de retourner chez ma mère me rend un peu mélancolique - surtout chez ma mère, je dirais, parce que mon enfance est associé à ma mère, c'est elle qui m'a élevé et m'a fait grandir. Aller chez mon père suscite en moi d'autres sentiments : de la colère, de la défiance, du découragement - mais pas de tristesse.
Quand je retourne chez ma mère, j’ai l’impression de me raccrocher à un passé qui n’est plus et qui n’a peut-être jamais été. J’ai l’impression que quelque chose me glisse entre les doigts que je ne parviens même pas à retenir et qui s’est déjà echappé. J’ai l’impression d’être toujours un enfant et de ne l’être plus à la fois. Je sens l'enfant qui s'éveille en moi et il n'est déjà plus là. Melancolique parce que c’est l’enfant en moi que je vois mourir - et que c’est moi volontairement ou involontairement qui le met à mort.
Et oui, malheureusement, je ne suis plus l'enfant que j'étais. Et en même temps, comme tu me l'as dit hier, l'enfant que j'ai été, n'est jamais loin, il n'est jamais complètement perdu : je retrouve qqch de lui en moi dans mon amour pour toi. Dans l'amour que je te porte, il y a lui aussi qui t'aime - c'est le lieu d'une certaine vérité qui est comme le résidu de tout ce que j'ai construit par la suite et qui n'est rien qu'un château de cartes construit sur des fondations de sable.
Je suis content que ma tristesse d'hier soir m'ait rappelé à ce que c'est que d'être un enfant, de conserver un enfant en soi. Je suis content, ajd, de t'écrire ces lignes. parce que c'est l'innocence de l'enfant qui permet d'échapper aussi à ce qu'il y a dans l'amour de folie, de dépersonnalisation et de persécution. Pardonne-moi mes mots mais ils sont vrais. L'amour est aussi une folle aventure. Combien de fois je me retrouve à attendre anxieusement un signe de ta part, un message sur mon téléphone ou même une pensée qui me ramènerait à toi, à ta présence et à ta chair. Il y a dans cette attente impossible qqch que je ne veux pas perdre, qqch qui me relie à toi sur un mode paradoxal qui n'est pas celui de la présence tactile, mais qui n'est pas non plus celui de l'absence. Une présence creusée dans le manque ; une sorte d'absence saillante ; le retrait de qqch qui s'échappe mais qui, en se retirant, approfondit le sens de l'attente des retrouvailles. Cette attente, c'est qqch que je ne peux pas et ne veux pas perdre. C'est qqch dont je ne peux pas me protéger, envers quoi je ne peux pas feindre l'indifférence. Voilà l'enfant qui te parle et qui t'aime : celui qui ne sait pas se protéger de l'amour, qui n'a pas encore appris les stratagèmes des adultes. C'est cette innocence qui nous sauve aussi de la persécution. Qui empêche que l'amour ne soit qu'une dépendance infernale, annihilante et destructrice.
Tous ces propos sur l'infantilisme et l'amour me ramènent aussi au rêve que j'ai fait le weekend dernier et qui a été un peu douloureux. Le voici, puisque ce carnet d'amour est aussi le recueil de deux intimités mêlées l'une à l'autre - de deux enfants qui décident, dans leur rêverie partagée, de construire un château de cartes.
D’abord, j’avais l’impression d’être dans un restaurant, plutôt chic et cher. J’avais des pouvoirs magiques – celui de me téléporter ou de me déplacer en volant dans les airs –, et grâce à ces pouvoirs magiques, j’avais acquis beaucoup d’argent. Il m’arrivait de grandes aventures : je fumais beaucoup de cannabis ; je volais les gens ; je leur dérobais de l’argent.
Pour toutes ces raisons-là, je me faisais beaucoup d’ennemis – notamment une directrice de l’école qui m’avait aperçu en train de fumer.
Durant un autre moment du rêve, j’étais sur le point de me marier. Mais c’était un évènement manqué : la femme que je devais épouser s’est présenté devant moi en robe de mariée et m’a donné de l’argent pour rembourser la bague de fiançailles que j’avais achetée pour elle. Son visage avait une expression étrange : un peu déçue mais surtout gênée et désolée de la situation.
A la suite de ce mariage, je suis parti et un homme m’a poursuivi. Heureusement, grâce à mes pouvoirs, j’ai pu lui échapper – il voulait me tourmenter et me faire du mal.
La dernière image du rêve est la suivante : je suis dans un lit d’hôpital, comme si je venais de passer la nuit-là et de me réveiller. Manuela Horopciuc vient à mon chevet me demander comment ça va.
Ce n'est pas une analyse de rêves, seulement quelques commentaires que je me suis fait. Il y a bien sûr le reste diurne de ma nuit clandestine à l'hôpital qui est évoquée à la fin quand Manuela vient à mon chevet pour me demander comment ça va.
Voilà deja les quelques moments que je peux déceler dans le reve :
La toute-puissance initiale : Le rêve s'ouvre sur un fantasme de toute-puissance — téléportation, argent acquis sans effort, transgressions en série (vol, drogue) sans aucune inhibition. C'est le régime du désir sans loi, où le principe de plaisir l'emporte sur toute autre principe.
Le mariage manqué : il ne se présente pas comme un échec, mais comme un remboursement. La femme avec qui je m’apprêtais à me marier, me rend l’argent que j’ai dépensé pour acheter la bague de fiançailles.
La poursuite menaçante d'un homme qui veut me faire du mal
Le réveil à l’hôpital avec une figure de sollicitude (Manuela) qui vient me demander comment ça va.
Le nœud du rêve, je pense, tient dans ce mariage manqué. Certes l'argent que la femme de mon rêve m'accorde rembourse le prix d'achat de la bague de mariage. Mais en même temps, il semble qu'il y a plus dans ce remboursement : il semble que je reçois le remboursement d'une dette que j'ai contractée. C'est cette scène qui m’a jeté dans une grande angoisse : c’est comme si, en me remboursant la bague de mariage, la femme de mon rêve me prouvait que je ne pouvais pas assumer l’amour que je lui promettais.
Le rêve me révèle alors un désir contrarié : tu veux aimer. Très bien ! mais à quel prix ? es-tu prêt à en consentir le coût? Et en même temps, je ne suis pas complètement sûr que le rêve parle de ça. Ou plutôt qu'il parle seulement de ça. Le prix de l'engagement (l'achat de la bague) m'a déjà été remboursé avant même que je puisse vivre le mariage, avant même que je puisse tenter l’expérience de la vie en couple. Là ça me pose question : parce que le rêve me présente cette cérémonie de mariage comme qqch qui est, semble-t-il, déjà annulé par le remboursement de la bague, déjà raté, déjà manqué - au moment même où j'ai ton amour et où tu as le mien. Bref, je ne sais pas ce que veut me dire mon inconscient haha.
J'aime beaucoup l'image qui clôt le rêve : quand Manuela vient prendre de mes nouvelles, comme si j'étais sur un lit d'hopital parce que j'étais en convalescence, en train de guérir de qqch.
Peut-être que mon rêve me présente l'amour comme qqch d'impossible - qqch qui ne peut pas se produire, qu'on ne peut pas acheter, ni même symboliser à travers le mariage. Qqch de terrible qui échappe à toute institution. Mais qqch, néanmoins, avec lequel on peut se soigner.
Très étrange, je ne sais pas. On verra ce qui en ressortira en analyse.
Pour l'instant, je suis à NO et le ciel est bleu. Je me souviens de notre journée à la plage de Luzeronde - si belle journée au soleil. Je me souviens aussi de ma crise existentielle quand j'avais l'impression d'être insatisfaisant (mon dieu!!). Je me souviens de tout ça et ça me rend très heureux. Les souvenirs sont une forme de contact. Te voilà avec moi, juste à côté, sur le lit où j'écris ces lignes.
Ton regard me transperce le coeur, mi amor. Toi et tes cheveux magnifiques aux reflets roux, je m'y blottis, je ne pense plus à rien. Je n'attends plus rien, je suis tout à toi et je t'aime.
Samedi 5 septembre, chez moi (San Cristobal, Ciudad Autónoma de Buenos Aires)
Hier, ca fait un mois qu'on a dit au revoir à Paris. J'ai la sensation d'un mois qui a eté comme une anne, comme un siecle, comme une eternité lente dans l'attente... mais le fait d'etre dejà en septembre, du commencement, m'a fait sentir comme la consequence solide d'une acte: le temps passe. Ca m'a redonnée un effet sujet, division et soulagement.
Depuis le debut on est au laboratoire du temps qui passe, mon coeur. Mais on se trompait en croyant etre les petits recherchers parce que on est aussi les petit rats de cet laboratoire. Mais maintenant on experimente avec mesures plus claires: un mois c'est un mois.
On continue avec les temps.. ces dernieres semaines, toi, tu penses beaucoup à l'enfance et moi je pense a viellir. Je pense beaucoup à la mort comme le savoir qui vient du reel. La seule chose certaine dans cette vie c'est qu'on va tous mourir. À cause de ca, je veux te dire une chose tres importante: on est jeune. Très jeune. J'ai commencé a sentir ca comme un fait dans mon corps. Presque 30 ans. Corps plein de puissance, de vie, de pulsion kitkat. On a tout le future a nous.
Ca m'a fait penser.. qu'est ce qu'on va faire mi amor? où on y'va habiter ? on pourrait habiter tout le monde petit a petit- ville a ville- por le prochain dix ans. Mais au delà de mes besoins de crier au monde que je veux connaitre cet monde avec toi, je pense que entre etre enfant et etre adulte, que t'as distingué dans ta derniere lettre, il y'a le present. Le present avec sa consistence palpable et ineffable. C'est là le temps et pendant qu'on raconte des histoires et qu'on fantasme, on prendre soin du present.
Ou il y'a un ocean de distance entre nous, on met le present. Fait d'absences bien sur, bien meme de petites presences. On ne peut pas se proteger de l'amour ni de souvenirs d'autrefois, ni d'aujourd'hui. On sait qu'il y' aurait la contingence, on fait confiance à la surprise.
C'est midi ici. Quel plaisir de se reveiller sans l'alarme. De se reveiller entre pétales de coton, sortir doucement de la galaxie onirique pour arriver (soft landing) à cet monde infernell mais aussi le notre, lequel nous aceuille.
Pour commencer, je pense à ton reve. Je pense une analyse un peu junguiene, avec des symboles qui ne sont pas forcément les tiens. Au debut, l'enfance: l'enfant qui avec preuve et erreur essaie de construire la realité, tout principe du plaisir, rien de realité, mais cette tentative de metre un barrage sur l'A, se droguer, voler, appeler la loi.
Dans le second temps, il y'a la realité, l'adulte, l'institution du marriage, le regime de la vie. Mais dans cet rencontre avec la femme, il y'a surtout la dette. Interesant. Moi, je trouve qu'il y'a la metaphore bien sur du rencontre echappée, du malentendu, mais aussi quelque chose d'etre adulte et de vivre entre dettes. Il y'a aussi la honte, les chagrins, qui te poursuivi avec cet figure de l'homme dans l'ombre.
A la fin, l'hopital. Ca peut etre la fin, quelque proximité a la mort, mais aussi metaphorise la follie comme l'Autre cote. Un possible passage a une autre realité.
Je ne sais pas si cet analyse peut reussir a dire qq chose sur ton icc, mais oui c'est pas mal de l'estructurer en trois temps. Je crois que le noeud c'est pas le marriage sinon la dette qui vient avec le marriage. Peut etre il est à l'hopital pour recommencer quelque chose, tu sais pour quoi il est à l'hopital?
La dette m'a fait beaucoup penser à la vie; dans cette cosmovision judéo-chrétienne où on habite, la vie a une dimension de dette avec Dieu.. ou si on asiste a l'eglise de Freud: avec la mere. Cette dette a des consequences au recontre avec l'autre et l'Autre, sur notre Autre, sur la division meme du sujet; et peut nous ammener à la follie. Peut etre pour repondre a cette dette imposible de payer que c'est la vie, une dette sans mesure parce que la vie vient avec son indechiffrable demesure, valeur impayable... il faut prendre des risques. Mais non des risques que grandisse notre dette avec Dieu, sinon le risque de desirer toujours une autre chose, pour creer une nouvelle mesure, laquelle du desir propre.
Je t'aime avec la profondité de l'attente.. mois que n'attends pas, je t'attends à toi. C'est mon risque.
Dimanche 6 septembre - Saint-Denis, à la maison, dans le canapé en bas
Bon comme je me sens pas bien ce weekend, je me suis dit que j’allais t’ecrire et que ça allait me soigner.
Je me suis levé vers 9h. Sachant que je n’aurais pas pu dormir plus longtemps même si je l’avais voulu. Mon corps est ainsi fait qu’il me réveille toujours trop tot - sauf quand je dors avec toi, que je suis enveloppé de tes bras qui me caressent.
C’est bizarre mais souvent le weekend j’ai l’impression de ne pas être là où je suis, de rever un ailleurs, au loin, qui me ferait quitter Saint-Denis et la vie que j’ai créé ici. Je ne sais pas ce qui me pousse à constamment vouloir quitter l’endroit où j’ai trouvé à vivre. Ou plutôt je le sais : parce que je veux etre avec toi, passer mes journées en ta présence et m’endormir auprès de toi. Ce dont j’ai peur, c’est que ce besoin de toi me fasse constamment fuir l’endroit où je suis.
Je crois qu’on en a deja parlé quand tu me racontais un reve que tu avais fait. Je ne m’en souviens plus mais il avait fortement résonné en moi. L’amoureux est un etre qui n’est jamais là où il pense etre - toujours un peu ailleurs, loin de lui-meme et des autres avec qui il partage la vie, auprès d’une idée ou d’une obsession insaisissable qui le hante et le pousse sans cesse en dehors de lui-même. J’ai l’impression d’etre cet amoureux et c’est pourquoi je ne me sens pas etre et vivre à saint denis, alors meme que, pourtant, j’y suis et j’y vis.
Je me suis réveillé deprimé, j’avais envie d’abandonner le projet de mousse au chocolat pour la venue de Sofia, Ricardo et Marcelo. Je suis descendu, j’ai bu un maté et finalement je me suis resolu à cuisiner la mousse. On verra bien ce que ça donne. J’ai juste envie de rester au lit, la seule chose que j’arrive encore à faire de bon-coeur c’est lire. Je veux pleurer mais je n’y arrive pas.
L’amoureux vit dans le passé. C’est ce qu’il y a de mélancolique dans l’amour, il cultive un passé qui n’est plus et qui est comme la forme d’un futur idéal, plein et satisfaisant, qui est projeté dans l’après-coup sur le passé partagé avec la personne aimée. C’est là un objet que l’amoureux, dans sa fureur, tient pourtant au frais, pour le préserver du temps, le soustraire au passage et au changement : c’est un objet congelé, un crystal pétrifié de souvenirs que l’amoureux garde dans la froideur de son for intérieur. On dit que les amoureux sont intenses parce qu’ils sont enflammés. Mais on ne sait pas rendu compte que les flammes de l’amoureux peuvent aussi fonctionner à la manière de l’AC : elles produisent du froid et congèle, à partir du chaud. Ce sont autant des flammes d’incendie que des flammes qui pétrifient. L’amoureux ou l’amoureuse est une personne brulée, que ce soit par le chaud ou par le froid.
c’est aussi pourquoi, en vertu de ce crystal pétrifié de souvenir, le désir de l’amoureux risque trop souvent de se muer en la possession d’une peau de chagrin - un mouchoir de poche qui sert à sécher les larmes qui lui coulent sur la joue, plutôt qu’à désirer l’avenir.
Le dernier reve que j’ai fait et que je t’ai raconté dans le carnet d’amour me présentait, dans la scene finale, moi, sur un lit d’hôpital. Manuela vient a mon chevet et me demande comment ça va.
Avant cette scene et dans la structure en trois temps que tu as mises en avant, il y avait, tout d’abord, la magie (de l’amour? - puisque j’avais des pouvoirs magiques dans ce reve) puis la persecution (une menace qui me poursuit et me veut du mal).
Je suis quelque part entre le souvenir de la magie, de l’ete magique que j’ai partagé avec toi, pourvu de tous ces pouvoirs que m’a conférés ton amour, et le present de la persecution, de quelque chose qui me suit, me hante, me veut du mal, me chasse de mon corps quand je cherche a l’habiter, m’expulse du present quand je cherche à le vivre.
Quand est ce qu’on me guérit? Qui veut bien venir a mon chevet pour me demander comment ça va?
Voilà déjà peut-etre ce que le reve me dit : « il y a moyen de guérir, il y a possibilité et de la place pour ça. Tu n’es pas condamné à te sentir persecuté par la dette de ce que l’amour t’a permis d’acquérir, comme par magie »
Tres bien, alors, je l’attends cette guérison. Peut-etre que je ne la trouverai qu’à Buenos Aires dans tes bras, je ne sais pas. Dussé-je ne la trouver que la bas, je suis pret à l’attendre.
Domingo 20 de septiembre del 2026, c'est dimanche encore. 21h 28. Il pleut.
Demain c'est la fin de l'hiver, debut du printemps. L'anne derniere j'ai vecu deux automnes et deux hivers. Cet anne, deux printemps et deux ete. Mais aussi entre cet deux, un peu d'hiver. Ca va finir demain. Apparemment, ca a ete un hiver horrible ici: long et tres pluvieux.
(Je veux te faire une confession: quelque fois quand j'ecris cet carnet d'amour je cherche de mots que je ne sais pas comment dire. Par example, pluvieux. C'est vrai que c'est pas un mot tres difficile. Mais comme le carnet reste ecrit, j'ai la sensation de qu'il faut ecrire bien)... ( Il ya encore quelques choses a dire sur cet sujet la.. par rapport a la correctitude et les erreurs. Il y'a de moments ou j'ai envie de parler parfaitement, par-fait-e-ment. En fait, parfait. Mais qu'est-ce que ce passe avec le parfait? Il n'y'a pas la place pour moi! Donc, moi et le francais, moi et la langue (lalalalangue), un rapport imparfait.. et comme ca, nouveau, creative, stylé. On peut fermer maintenant cette parenthese).
Je viens du theatre, ja'i vu une piece qui s'appelle La Tristeza. Entre realité et fantasmes, tres beau, tres sensible. Un rapport a la fragilite de la vie qui m'a beaucoup emouvée. La seule actresse c'est Fernanda (ma pote, tres grande actrice). Elle joue le role de Sonia, une femme qui travaille dans un bureau de remis, on l'appelle "remisería". Mais maintenant, avec les apps come Uber, etc. personne appelle le taxi la. Elle est seule, elle habita sa solitude et elle parle tout le jours avec un homme qui travaille dans le taxi. Ils parlent pour la radio, ils fantasment ensemble ... Il y'a beauté dans la tristesse. C'est ca aussi que tu disais le vendredi dans ton message. Bah, t'as dit que la tristesse a avoir avec l'amour. Ca c'est sure.
La piece disait qu'on a tous besoin de quelqu'un ou quelque chose qui nous fasse sortir de la melancolie, un ami, un amant, un livre.. n'importe quoi. Quelqu'un qui nous fait moteur. En psychanalyse on appelle ca le desir, non? Mais la melancolie que c'est sans desir c'est pas la meme chose que la tristesse.
Aujord'hui la piece m'a fait sentir la satisfaction de la beauté de la tristesse, parce que c'etait un fait artistique avec une estethique. Et l'esthétique c'est une maniere de sublimation et fait plaisir.
Le jeudi j'etais en train de manger, c'etait midi, dans la terasse de ma maison. Ma maison que comme est a moi, est aussi a beaucoup des personnes. Mais on va arriver a ca. Du coup, j'ai regardé en haut sur le mur. Il y'a un carreau (ce mot aussi je l'ai cherch'e par example) qui dit la calle de los suspiros. C'est un carreau que ma mere et mon pere ont acheté a Colonia. C'est un tout petite ville, coloniale, tres touristique et mignone, jusqu'a cote par bateau, en Uruguay. Il y'a une mythe qui dis que les couples qui vont la se quitte jusqu'apres... Mais c'etait pas ca que j'ai pensé. A cet moment la, quand j'ai regardé le carreau j'ai eu une certitude: mes parents ont acheté cette maison et ca c'est l'autre chose que ils ont fait ensemble, au-dela de moi meme. Ca m'a fait penser qu'a certain point il'y'a eu quelque chose qu'on peut nommer desir. Un desir de quelque chose. Aussi j'ai pensé que l'amour c'est faire des choses ensemble.
C'est un moment tres sensible pour moi. J'aurais 28. Et ca me dit. Il y'a des choses qui commence a se compter et a se raconter- en espagnol se dit de la meme maniere contar-. Ca fait 10 ans que j'ai quitté la maison (cette meme maison). Ca fait 10 ans que j'ai eu un ulcere. Ca fait 10 ans que j'ai commencé mon analyse. Ca fait 10 ans que j'ai fini le lycee. Et avec ca, ca fait 10 ans que mon pere et ma mere se sont vu pour la derniere fois. Je vais finir mes etudes en novembre, aussi j'aurais 28. En premiere, ca serait mon anniverssaire et jusqu'apres la fete de fin de la fac. Et la je veux rassembler tout le monde, d'ici et la, cette grande famille que j'ai, grande et un peu bordelique. On va se rassembler autour de moi, une invocation. Mais pas une union. Se reunir sans union. Avec la difference, avec le malentendu, avec l'histoire..
Et cette reunion serait ici, chez moi. Parce que chez moi c'est chez beaucoup de personnes. Et comme ca quelqu'un pourrait dire au revoir et prendre une toute petite partie de cette grande maison. Et comme ca, ca serait plus facile pour moi de dire au revoir a cette maison. Et comme ca, ca serait plus facile pour moi de soutenir mon histoire et cette famille si grande, si on prend tous une petite partie.
Je crois qu'il y'a une fragilité que je suis en train de decouvrir, laquelle du temps qui passe. On continue ici, depuis le debut jusqu'aujourd'hui au laboratoire du temos qui passe. On essaie d'ecrire avec les mots ca qu'est deja ecrit dans un autre carnet.. autre ecriture, loin et proche laquelle de ca qu'on appelle inconscient.
Tu me manques ici, proche de moi. ca me manque sentir dans mon visage tes poils sur la poitrine et m'endormir la. et comme ca mes reves et tes caresses reste si proche...
Je veux regarder les etoiles avec toi, on a jamais fait ca. un peu de montagne ensemble, du feu et les etoiles. On va faire ca.
Une autre chanson cubaine et revolutionaire pour toi:
PD: je vais essayer de ne laisser pas passer trop du temps la prochaine fois pour t'ecrire.
Avec la fragilité du temps qui passe, et moi, proche et honette, je t'aime.
Jeudi 1 octobre 2026 - 11H20, je suis à la BNF
Avant hier soir, j’étais en train de me branler en pensant à toi - et je me suis fait mal à la bite mi amor. Peut-être j’y suis allé trop fort ; ou peut-être est-ce toi qui y es allé trop fort à travers moi. En plus, ma bite n’était pas du tout lubrifiée, la friction est tellement forte qu’il y a eu du sang, une petite goutte des sang écrasé sur une chair écarlate. C’était très sexy, je t’imagine venir près de moi, te glisser entre mes jambes, te rapprocher de ma bite doucement et me lécher, du bout de la langue, ce petit coin de peau rouge ensanglanté.
Bon mi amor, c’est tout ça l’amour, tu sais.
J’étais un peu secoué la semaine dernière, je trouve que ça va un peu mieux là. En tout cas, ça me donne beaucoup à réfléchir - notamment autour d’un certain réel que je rencontre dans l’amour, quelque chose qui me confronte à l’impossible. Comme la conscience que tu peux cesser de répondre au bout du téléphone, d’un moment à l’autre. Que le fil qui me relie à toi puisse casser. D’un coup, mon téléphone devient un objet de haine. Il me persécute et tout chavire, je suis pris d’une montée d’angoisse qui me cloue au lit, j’ai le souffle court, bouger les bras ou les jambes me fait mal, je m’écroule sur le lit comme une masse qui s’affaise, pas comme un humain qui parle et qui aime.
Mais cette crise d’angoisse n’est pas non plus complètement unique. Elle entre dans la série des moments les plus frappants pour moi, au niveau symptômatique. Je me rappelle deux autres moments — en fait c’était des hallucinations. Comme une inquiétante étrangeté qui surgit et qui perce de noir et d’obscur le paysage quotidien. Dans ces deux moments, la même chose est arrivée : j’étais avec une fille au lit et un autre visage s’imprimait sur le leur. Mi amor, c’était archi angoissant ; un film d’horreur.
Il faut que je te remercie d’avoir été avec moi et de m’avoir écouté comme tu l’as fait. C’était un moment très dur pour moi et tu m’as accompagné. Mon amour, j’espère que je ne te cause pas trop de soucis. Bon un peu quand même, j’imagine haha. C'est un peu ça l’amour aussi. On pourrait dire : l'amour, c’est les soucis en plus haha. Bon j’arrête de vouloir faire des jeux de mots lacaniens. Aussi les rêves que j’aie eus la semaine dernière, étaient très perturbants : vraiment je n’avais pas connu de tels rêves aussi angoisants depuis longtemps.
Je trouve que ça me fait beaucoup réfléchir sur moi et sur mon symptôme. Dans les hallucinations que j’ai eues, il y a ce truc du visage qui se désagrège et qui devient, en un instant, autre que lui-même — qui me pose beaucoup de questions. Comme si d’un moment à l’autre, la connexion par le regard était perdu ; comme si la personne que je croyais regarder, n’était plus là. Comme si, ne sachant plus qui est la personne en face, je ne savais plus moi-même qui je suis. C’est une expérience qui fait trembler et vaciller. ça me fait penser que c’est très dur de stabiliser le visage de la personne qu’on aime : j’ai l’impression parfois que c’est un visage irréel.
Peut-être que le visage de la personne aimée est un visage tellement crystallisé que le moindre changement risque de le défigurer.
Peut-être que le regard de l’amoureux est toujours oblique, qu’il regarde toujours autre chose dans le visage de la personne aîmée. Peut-être qu'il projette quelque chose d'irréel qu'il voudrait voir sur ce visage, qu'il voudrait lire la confirmation de l'amour qu'il projette dans les yeux de l'autre qui le regarde à son tour.
Je ne sais pas, ce ne sont que des hypothèses. En tout cas, il y a quelque chose d'aliénant dans l'amour - d'être suspendu au regard de l'autre. Il suffit que l'autre ferme les yeux pour qu'on se retrouve dans le noir. Voilà pour l'amour mi amor, c'est déjà beaucoup haha.
Aussi j’ai l’impression d’avoir un peu retrouvé un projet de recherches et ça me fait plaisir. J’ai l’impression que l’horizon s’ouvre à nouveau et que je pourrai de nouveau chercher quelque chose au sens philosophique. Les humains ont inventé le langage non pas pour se guider plus facilement, mais pour se perdre toujours plus profondément dans leurs propres questions. Me voilà de nouveau parti pour me perdre.
Mi amor, c’est incroyable tout ce qui se passe pour toi, beaucoup de changements : entre ton anniversaire, la fin des études, la famille que tu vas réunir dans ta maison, les histoires avec ton père concernant sa venue ou non à cette réunion. Dans ta dernière lettre, tu me parles beaucoup de la maison dans laquelle tu vis, de ton chez-toi. Et de ce petit carreau la calle de los suspiros. J’imagine un peu ce que c’est. Il y a tellement de choses qui t’attache à cette maison, en vérité. Je ne sais pas ce que ça me ferait de retourner un des maisons que j’ai connues, étant enfant. J’en ai connu trois, en fait, au gré des déménagements successifs. La dernière maison que j’ai habitée, je l’ai quitté à 16 ans et ne l’ai jamais retrouvée par la suite.
Ce sera une très belle fête que tu vas faire dans cette maison, je suis trop content pour toi, mon amour. Et aussi, je suis content de pouvoir vivre un peu dans cette maison quand je viendrai en décembre.
Ce soir, nous avons participé au groupe sur l’Anti-Oedipe. Quelle chance j’ai de pouvoir partager ces passions intellectuelles avec toi bb. ça me rend tellement heureux.
Je me dis qu’il faudrait que je t’écrive une lettre en espagnol. La prochaine fois, c’est ce que je ferai.
Ok mi amor, voilà ce que je voulais te dire et te raconter. je t’aime très fort, merci pour ta présence auprès de moi qui me comble de bonheur.
Dimanche 4 octobre midi, chez moi.
Je regarde par la fenetre de ma chambre- la chambre que ailleurs c'etait la chambre de ma mere quand j'etais petite- et je vois le petit maisons, c'est un quartier qui a encore de plafonds bas.
Il y'a un arbre jusqu'en face de ma baignoire. Quand je suis arrivée en aout c'etait tout seche, les branches tristes et seuls, et maintenant c'est deja plein des feuilles tout verts et vivants. Donc, les temps passent... encore une autre fois je reviens sur la meme chose. Ce sont cettes lettres entre nous qui me fait testifier du temps.
Je pense que cette maison, la mienne, et l'amour, toi... ca a avoir avec les taches. Quand je suis tombée amoureuse de toi j'ai su queca serait indelebile. Depuis la tache de l'amour on ne peut que repondre a ca, vivre la vie en tant que repondant a l'amour qu'on a. Et cette reponse c'est le desir, et c'est comme ca qu'on commence a faire des choses ensemble. Je ne sais pas si je t'as deja dit comment je me sens par rapport a toi. Mais je trouve en toi un partenaire d'amour pour les adventures de la vie. Tout ca qu'on partage et on cree ensemble, les voyages, les lectures, les fantasmes, les mots, l'erotisme, le corps et la musique... ainsi on crée, ains on s'appropie de cet monde etrange et inquietant... donc il faut continuer a creer notre monde a nous et comme ca on se battre contre l'étrange.
Depuis le dernier weekend j'ai pensé que c'est difficile pour toi de ne savoir pas ou je suis.. et j'a pensé que amarais bien de partager avec toi les scenarios.
Ca c'est la vue despuis le balcon qui est en face, ca veut dire, depuis la salle, tu sors dans un balcon et la tu peux voir ca. L'orientation oest, c'est pour ca qu'il y a le soleil l'aprem.
Lá dans cette photo il n'y avait pas encore des feuilles dans les arbres. Maintenant c'est comme ca:
On va y'aller avec ma chambre. Ici je dors.
La baignoire, le territoire de ma nudité.
Le mirroir de tout le jours. (oui j'utilise encore le mm brosse à dents, je vais le changer demain, je te jure)
Ma vue protagonique, el horizonte porteño.
Je vais continuer plus tard.